Démarche artistique
Chez Paule Honoré abstraction et figuration sont mêlées dès le processus de recherche picturale pour donner lieu à l’un ou à l’autre. Une toile est le résultat d’une observation attentive, captive et émerveillée du monde qui l’entoure d’une part, et de son monde intérieur, d’autre part. Un arbre, une usine, une lumière colorée, une émotion, sont ainsi explorés de la même façon. Un croquis aux crayons de couleur est d’abord réalisé. Il lui permet d’assimiler composition et structure, dans une première étape de transformation et de simplification. Elle déploie ensuite sa recherche en différents médiums sur papier (pastel gras, encre ou collage) pour enrichir, de façon fragmentaire, son futur espace pictural. C’est ainsi qu’un monochrome en lavis nourrira la réalisation d’un paysage. De ces esquisses naît une toile qui ne les reproduit en rien, mais qui ne pourrait exister sans elles. C’est grâce à ces croquis que la peintre atteint un allègement visuel, une vision claire, pure et sans détour de la trace laissée par le vivant ; que cette trace soit de l’ordre du tangible ou relevant d’une perception. Une certaine urgence accompagne cette phase, l’amenant parfois à improviser avec ce dont elle dispose à l’instant T. L’artiste ne trouve pas un tube de couleur ? Qu’à cela ne tienne, elle en saisit un autre pour ne pas laisser s’évanouir cette fulgurance.
Si ce travail préparatoire guide la composition, il est combiné à une approche gestuelle de la peinture pour laisser toute sa place à l’intuition et considérer l’accident comme une opportunité. La plasticienne implique son corps et est à l’écoute de la matière, de la façon dont elle se pose ou réagit une fois sur la surface. Elle vise la fluidité du geste et fait confiance à un instinct qui lui ouvre les portes d’un monde intime, porteur de sa vision plastique.
Paule Honoré propose une autre lecture du monde, en révélant ce qui, peut-être, nous échappe. Le rapport qu’elle entretient avec le beau n’est pas étranger à cela. Pour elle, vivre est une expérience esthétique et émotionnelle bouleversante, pleinement réjouissante. Une posture qui invite à percevoir la beauté en toutes choses et à s’en émouvoir. C’est ainsi que sous son pinceau couteau ou sous ses doigts, une usine devient une architecture flamboyante qui semble communier avec le paysage naturel qui l’entoure ; une symbiose qui balaye l’artificielle dichotomie nature/culture. Souhaitant partager cette joie et cet enthousiasme qui l’animent, la couleur devient un vecteur essentiel. Elle fait l’objet d’une recherche à part entière, traduite dans de nombreux carnets dont l’objectif est de trouver de subtiles associations de tonalités pour créer une vibration. La couleur occupe ainsi un réel espace. Les formes sont
définies non par le cerne, mais par la juxtaposition de zones colorées, dans une recherche d’équilibre du trio forme-surface-couleur.
En traitant de sujets quotidiens ou en explorant l’abstraction, Paule Honoré nous plonge dans un ravissement éclatant, et nous rappelle ce qu’est peut-être ce monde : une exception.